De plus en plus de praticiens se retrouvent face à un dilemme stratégique majeur :
s’associer rapidement dans un cabinet existant ou créer son propre cabinet pour être pleinement indépendant, quitte à attendre plus longtemps.
La question devient encore plus complexe lorsque l’on envisage les deux en parallèle :
Être associé dans un cabinet tout en possédant (ou préparant) son propre cabinet ailleurs.
Est-ce pertinent ? Est-ce autorisé ? Et surtout, est-ce durable ?
1. Associer et créer : deux projets aux logiques différentes
L’association : rapidité et sécurité apparente
S’associer dans un cabinet existant permet généralement :
- d’entrer rapidement dans le capital,
- de limiter les démarches administratives,
- de partager les charges,
- de sécuriser un revenu à court terme.
Mais cette solution implique :
- une dépendance stratégique,
- une sortie parfois coûteuse (perte de parts, revente difficile),
- des clauses contractuelles contraignantes (non-concurrence, exclusivité, interdiction d’installation).
La création : indépendance totale, mais investissement lourd
Créer son propre cabinet offre :
- une liberté de gestion complète,
- le choix du modèle (collaborateurs, associés minoritaires, organisation),
- un patrimoine professionnel durable.
En contrepartie :
- délais longs (autorisation, travaux, recrutement),
- investissement financier important,
- risque entrepreneurial plus élevé au départ.
2. Cumuler association et possession d’un cabinet : est-ce autorisé ?
Sur le principe
✔️ Travailler dans plusieurs cabinets est autorisé
✔️ Être associé dans une structure et exercer ailleurs est possible
⚠️ Mais tout dépend :
- du type de structure juridique (SELARL, SCM, SCP),
- des statuts et pactes d’associés,
- des clauses contractuelles signées.
Le point clé : la SELARL
En pratique, un chirurgien-dentiste ne peut pas être associé majoritaire ou dirigeant de plusieurs SELARL simultanément.
➡️ Cela signifie que :
- être associé dans une SELARL peut bloquer la création d’une autre SELARL
- créer un cabinet en nom propre pendant une association en SELARL peut être juridiquement complexe, voire impossible selon les statuts
D’où l’importance d’analyser chaque document avant de signer quoi que ce soit.
3. Attention aux clauses invisibles mais bloquantes
Avant toute association, il faut être extrêmement vigilant sur :
- clause de non-concurrence post-sortie,
- clause d’exclusivité d’exercice,
- interdiction d’installation dans un périmètre donné,
- durée de blocage en cas de départ.
Certaines clauses peuvent retarder ou empêcher toute installation future, même plusieurs années après la sortie.
4. Le modèle des associés minoritaires : opportunité ou mirage ?
Les critiques fréquentes
Certains confrères mettent en garde :
- charge mentale élevée,
- management complexe,
- turn-over important,
- risques financiers,
- modèle parfois dépendant d’un cadre juridique fragile.
Ils soulignent aussi un risque réglementaire :
si le législateur ou l’Ordre durcit les règles, le modèle peut être remis en cause brutalement.
Une autre lecture possible
D’autres praticiens défendent ce modèle lorsqu’il est :
- transparent,
- bien rémunéré (équivalent 55–60 %),
- bien équipé,
- humainement respectueux.
Ils rappellent que :
- tout le monde ne souhaite pas s’endetter,
- tout le monde ne veut pas être titulaire,
- dans certaines zones sous-dotées, ce modèle bénéficie aussi à la population.
5. Le vrai risque : l’investissement émotionnel et financier
S’associer puis partir quelques années plus tard pose un vrai problème :
- perte de valeur des parts,
- frais d’entrée non récupérés,
- tensions humaines,
- sentiment d’avoir « travaillé pour un projet qui n’était pas le sien ».
C’est souvent ce point qui freine les praticiens attirés par la création.
6. Stratégie prudente recommandée
Plusieurs confrères expérimentés conseillent :
- attendre 2 à 3 ans avant toute association capitalistique,
- rester collaborateur pendant la phase de réflexion,
- sécuriser juridiquement tout projet futur dès maintenant,
- se faire accompagner par un avocat spécialisé en droit des sociétés de santé, pas uniquement un comptable.
Conclusion
Posséder un cabinet tout en étant associé dans un autre peut avoir du sens, mais :
- ce n’est ni simple, ni neutre juridiquement,
- tout dépend des statuts, des clauses et de la vision long terme.
👉 L’association est souvent rapide.
👉 La création est souvent durable.
Le vrai enjeu n’est pas de choisir la solution la plus rapide, mais celle qui ne vous enfermera pas demain.