Signer son premier contrat de collaboration libérale est une étape clé dans la carrière d’un chirurgien-dentiste.
C’est aussi un moment où beaucoup de confrères se sentent perdus : pourcentages, prothèse, consommables, TVA, assistante… Les pratiques varient énormément selon les régions et les cabinets.
À partir de nombreux retours de terrain, voici une lecture objective des modèles existants, avec leurs avantages, leurs limites et les points de vigilance.
1. Comprendre la logique de la rétrocession
La rétrocession n’est pas un salaire.
Elle correspond à ce que le collaborateur reverse au titulaire en échange de :
- l’utilisation du plateau technique,
- le personnel (assistante, secrétariat),
- les locaux,
- parfois le matériel haut de gamme,
- parfois la prise en charge du laboratoire.
👉 Plus le cabinet prend de frais à sa charge, plus la rétro est élevée.
👉 Plus le collaborateur est autonome financièrement, plus sa part augmente.
2. Les modèles les plus fréquents (exemples concrets)
🔹 Modèle 1 – Classique et équilibré
- 50 % pour le collaborateur
- Le titulaire paie le prothésiste
- Matériel et consommables inclus
👉 Très répandu, simple à comprendre, sécurisant pour un premier poste.
🔹 Modèle 2 – Autonomie du collaborateur
- 55 à 60 % pour le collaborateur
- Le collaborateur paie le prothésiste
- Consommables généralement inclus
👉 Permet de choisir son labo librement, mais nécessite une bonne gestion.
🔹 Modèle 3 – Cabinet très équipé
- 40 à 45 % pour le collaborateur
- Prothèse à la charge du titulaire
- Assistante dédiée, imagerie 3D, empreinte optique, laser, etc.
👉 Acceptable uniquement si le plateau technique est réellement haut de gamme.
🔹 Modèle 4 – Collaboration “légère”
- 70 à 75 % pour le collaborateur
- Prothèse + consommables à sa charge
- Peu ou pas d’assistante
👉 Peut sembler attractif, mais attention à la fatigue et au temps perdu.
3. Le point crucial : la prothèse (et l’erreur fréquente)
⚠️ Question clé : la rétro se calcule AVANT ou APRÈS le labo ?
Exemple :
- CCM facturée 900 €
- Labo : 144 €
✅ Calcul logique et équitable :
(900 – 144) ÷ 2 = 378 € à rétrocéder
❌ Calcul défavorable au collaborateur :
(900 ÷ 2) – 144 = 306 €
👉 Toujours clarifier ce point par écrit dans le contrat.
4. Assistante, matériel, ambiance : ce qui justifie une rétro plus élevée
Une rétrocession plus importante est cohérente si :
- vous avez une assistante au fauteuil,
- le cabinet est récent et bien équipé,
- l’organisation est fluide,
- le titulaire investit réellement.
Comme le résume un confrère :
« Une bonne ambiance de travail vaut parfois plus que 5 % de rétro. »
5. TVA, SEL, montages : attention aux confusions
- En collaboration libérale classique, le collaborateur ne facture pas de TVA.
- Certains montages en SEL ou associés minoritaires peuvent modifier la lecture des pourcentages (30 % net peut équivaloir à 45 % brut).
- Ne jamais comparer deux taux sans comprendre ce qui est inclus.
👉 En cas de doute : Ordre + expert-comptable spécialisé santé.
6. Les vrais red flags à éviter
🚩 Refus d’expliquer le calcul de rétro
🚩 Prothèse floue ou “on verra”
🚩 Pourcentage élevé sans contrepartie réelle
🚩 Pression pour signer rapidement
🚩 Discours du type “c’est comme ça partout”
Un bon contrat supporte toujours la transparence.
7. En résumé : un contrat honnête ressemble à quoi ?
👉 45–50 % sans frais de prothèse
👉 55–60 % avec prothèse à la charge du collaborateur
👉 Des conditions de travail claires
👉 Une relation équilibrée, pas une négociation de force
Il n’existe pas de taux parfait universel.
Mais il existe des contrats sains, et ils commencent tous par une chose : la clarté.